Le paradoxe économique de la micro-ferme en permaculture
Sur une micro-ferme, toutes les tâches ne sont pas rentables en temps de travail, produire son propre terreau en fait partie. En effet, le processus est long, physique et demande beaucoup de manipulations de matières organiques. Il est bien plus facile et rentable d’acheter une palette de sacs de 50 litres ou de faire venir une remorque de terreau pour démarrer ses semis. Pourtant, dans une logique agricole qui se veut cohérente, il n'y a pas à d'alternative, ce travail est tout simplement un impératif. La question n’est pas seulement économique, elle est principalement biologique, agronomique et éthique, nous parlons donc d’écologie au sens noble.
Sur une ferme qui cherche à limiter ses intrants, produire son propre terreau revient à reprendre le contrôle d’un élément central : la santé des plantes dès leur naissance. Car avant même de parler de culture en pleine terre, tout commence dans un petit godet. qui contient un substrat.
L’éthique du cycle fermé
Dans une approche agricole conventionnelle, de nombreux éléments viennent de l’extérieur: terreau industriel, compost de plateforme, broyat acheté, fertilisants divers et chaque intrant ramène avec lui une histoire invisible :
- consommation énergétique (de la production au transport)
- arrivée potentielle de polluants divers (du plastique au composant chimique non testé)
- éventuelle transformation industrielle et composants d’origine parfois inconnue
Dans un système agricole cherchant avant tout la cohérence écologique propice à la vie du sol, la santé des plantes et donc celle des consommateurs, l’objectif est souvent différent : fermer au maximum les cycles de matière à l’intérieur de la ferme.
Produire son terreau devient alors une façon simple de répondre à plusieurs problématiques en recyclant ses propres ressources.
Dans le cas précis de La Ferme Épicerie Permacole, la fertilité repose sur un mélange simple, voici ma recette du terreau fermier selon les principes de la permaculture :
- La litière ‘accumulée’ des chèvres, riche en azote et carbone
- crottin d’âne de la voisine, riche en azote
- broyat de bois issu de l'élagage de la ferme, riche en carbone
Ce mélange reproduit un mécanisme naturel fondamental : l’équilibre carbone / azote, un moteur de la décomposition biologique.
Choisir ses intrants : une question de stratégique
Les intrants font partie des sujets les plus complexes à gérer sur une exploitation. Ils se répartissent pour une micro-ferme en trois catégories :
Les intrants chimiques:
Bâches, voile de forçage, protections diverses, produits phytosanitaires… posent une question de cohérence écologique et de dépendance matérielle. Leur usage doit être pensé avec le plus grand sérieux. Il est difficile de se passer de la bâche d’une serre, des pots en plastique… Tandis que les produits phytosanitaires règlent autant de problèmes qu’ils n’en créent ailleurs. Ces derniers sont littéralement exclus de la ferme me laissant souvent pantois, particulièrement face aux vagues d’attaques successives de limaces voraces.
Les intrants organiques:
Compost industriel, broyat issu de plateformes, terreaux horticoles, paillage… ces matériaux, souvent de bonne qualité, introduisent un phénomène discret : la création d’un sol importé. Autrement dit, la fertilité ne vient plus du sol de la ferme, mais d’un substrat superposé provenant de l’extérieur. Pour certains maraîchers, ce modèle fonctionne parfaitement, pour d’autres, l’objectif reste différent : travailler au maximum avec le sol existant et ses ressources.
L’intrant énergétique:
L’énergie la plus connue qui fait tourner nos machines, nous transforme en super travailleurs, considérée à la fois comme la plus fondamentale et la plus carbonée sont le gasoil ou l’essence. Ils effacent pourtant un autre consommateur important: l’énergie humaine, plus précisément la protéine du fermier… et produire son propre terreau demande un effort physique important lorsque la mécanisation d’une ferme est faible.